Je vois qu'il l'a regarde avec l'intensité d'un loup affamé, hautement contrarié. Il faut bien qu'il mange quelque chose, le pauvre. Si le chaperon rouge est en grève, certes il mangera mamie car le loup jeûne depuis trop longtemps ;
♂️“Je suis censé attendre jusqu'à quand? Je suis censé faire quoi? Un noeud dedans?” Il souffre beaucoup. Son besoin est ignoré et sa façon de dire “Je t’aime”, écartée.
♀️“Je suis censée me forcer? Faire semblant? Elle souffre beaucoup. Sa réponse sexuelle s'est effacée et son corps ne répond plus à l'appel.
L’appel de quoi? Elle ne se souvient même plus. Elle ne se souvient plus de la caresse du vent sur sa peau nue, des chatouillements que lui procurait jadis l'amour oral ni même de cette urgence qu'il entre en elle… là tout de suite. Elle a oublié.
👉 Josée aime Pablo très fort et depuis longtemps mais une denrée se fait plus rare : la libido.
Si avant, le fessier de Pablo et ses “moves” de salsa suffisaient à lui enflammer le bas ventre, Josée cherche aujourd'hui les frissons à la loupe. Comme beaucoup de femmes qui me consultent, le désir n'est plus qu'un vague souvenir. Le petit chaperon rouge autrefois fougueux a perdu son étincelle. Froide, son thermomètre intérieur pourrait aujourd'hui donner des “frostbite” au bonhomme Carnaval.
Josée fait partie des femmes qui pratiquent l’empathie sexuelle. Elle accepte un rapport sexuel qui n'est pas 100% désiré par amour ou souci de bien-être pour son partenaire.
✅ Près de 1 femme sur 2 a déjà eu des relations sexuelles “par amour” sans en avoir envie.
Spécialiste de la sexualité depuis 16 ans, je vous le dis : ce chiffre est en réalité beaucoup plus imposant.
S’il suffisait qu'on s'aime
C'est une chanson connue mais c'est aussi une triste vérité.
👉 La réponse sexuelle face aux pulsions sexuelles, stimuli et envies quotidiennes est de plus en plus différentes au fil des ans.
♂️Chez l’homme, le désir reste souvent spontané. Il peut apparaître sans raison précise : une image, une pensée, un souvenir, un coup de vent à la limite. C’est directement lié aux pulsions biologiques.
Certains disent que les hommes “pensent avec leur queue”. C'est un peu vrai dans le sens où le désir de monsieur est moins dépendant du contexte émotionnel. Même fatigué ou stressé, Pablo aura une bonne moyenne au bâton.
Environ 70–80 % des hommes rapportent un désir spontané fréquent et 80 % des hommes disent se sentir plus aimés après une relation sexuelle.
♀️Chez la femme, le désir est contextuel.
Pour elles, le sexe c’est une grosse pizza : plus on ajoute des ingrédients superflus (fatigue tranchée mince, extra charge mentale, stress “on the side”), plus elle risque de goûter le regret.
Le désir ne disparaît pas, mais il devient réactif : il ne précède et n'engendre plus la stimulation, il suit après. Ainsi 65 % des femmes disent avoir besoin de se sentir aimées AVANT d’avoir envie de sexe.
Autrement dit, l’homme peut ressentir l’envie à tout moment alors que la femme a besoin de créer un climat, un espace, voire une cérémonie propice au désir. Et ça demande du temps… de l'investissement que les couples fatigués ou paresseux n'ont plus vraiment.
Environ 68 % des femmes en couple à long terme rapportent une baisse significative du désir après 5 ans de relation. Celles qui restent, encore profondément amoureuses de leur moitié, doivent se résoudre à deux possibilités :
1️⃣ Répéter les gestes reliés au plaisir que notre corps se remémore, comme une vieille chorégraphie qu'on répète par automatisme. Ça t'amène à drifter à l'infini dans une marée de culpabilité, d'incompréhension et de colère. C'est ça l'empathie sexuelle.
2️⃣ Consulter un spécialiste de la sexualité afin de réapprendre la réponse sexuelle.
Beaucoup se perdent au travers d'un réflexe qui, lui, ne coûte rien! On ne croirait pas une seconde que ce geste de compassion aurait autant d'impacts négatifs à long terme.
Historique merdique
Au départ, c'est avec la croix au front qu'on nous stimulait à ouvrir les jambes plus souvent. Le sexe était alors une obligation morale et religieuse orchestrée par un prêtre aux idées de grandeur.
👉 Le devoir conjugal est l'ancêtre brutal de l'empathie sexuelle dirigée par un inconnu en soutane.
Avant la révolution sexuelle, les femmes n'étaient qu’accessoires à la sexualité du couple. Qu'elle soit disposée ou non, désireuse ou non, la jaquette était levée comme le capot d'une voiture à qui on impose un changement d'huile sans préliminaires. D'ailleurs, jusque dans les années 1970, le viol conjugal (dont on parlera plus bas) n’était pas reconnu dans la majorité des pays occidentaux.
Encore aujourd’hui, dans plusieurs cultures, le refus sexuel féminin est socialement sanctionné. Par exemple, dans certaines régions de l’Inde, une femme qui refuse un rapport peut être accusée d’être une mauvaise épouse. Elle risque des représailles : humiliation, pression familiale, violence psychologique ou physique.
👉 Le consentement est souvent remplacé par la notion de devoir et ce type de norme envoie un message très clair : Le désir féminin a peu d'importance. Ce qui compte, c’est la paix sociale, le couple, l’honneur : pas son envie.
Vous pensez que c'est mieux au bout de la rue chez nous? Même dans des sociétés occidentales dites « égalitaires », cette logique existe encore, mais sous une forme plus subtile :
« Elle exagère »
« C’est normal de faire un effort en couple »
Comme quoi le décor change, mais le scénario se ressemble encore beaucoup.
Culpabilité moderne
L’empathie sexuelle est en fait, une version moderne, mais émotionnellement lourde d’un sacrifice.
👉 Ce n'est plus une obligation, ce n'est pas non plus un compromis. On se force par amour, par peur de blesser, par empathie.
Ce serait un piège de croire que c’est plus sain, comme une salade verte noyée de mayonnaise. Le corps, lui, vit quand même une contrainte.
On me pose continuellement la question suivante :
❓“Mais pourquoi ne peut-elle simplement pas se forcer?”
Tentons de faire ça simple : monsieur est le visiteur, madame est l’hôte. Tout comme on n’entre pas chez les voisins sans retirer ses bottes pleines de gadou, le corps de la femme a besoin
d'être préparé adéquatement, avec respect. Le sexe, ce n’est pas juste un geste. C’est quelque chose qui implique le corps, les émotions et le système nerveux. Quand une femme se force :
1️⃣ Son corps se referme comme une huître. La sécheresse entraîne de la douleur. Tu es sceptique? Fais le test :
☝️Avec un doigt frotte vivement, en va et viens, tes lèvres non mouillées. Continue pendant 3 minutes… si tu y arrives. Ne triche pas en léchant tes lèvres! Ça brûle? Désagréable? Voilà, le point est fait.
2️⃣ Son cerveau lui enregistre le moment comme une contrainte, une obligation, un moment négatif, pas comme un partage.
Se forcer à avoir une relation sexuelle, c’est comme manger au buffet quand on n'a pas faim ou c'est l'équivalent d'embrasser quelqu’un qui ne nous attire aucunement. On peut le faire une fois. Deux si il ne pue pas trop de la gueule mais en faire une habitude n'aurait qu'une réelle conséquence : la mort du désir.
Flat line
🪦 Chronique nécrologique
Le désir, affectueusement nommé “OH my God-Oui” est décédé dans la nuit de lundi à mardi suite à une surdose de compromis sexuels. Les funérailles auront lieu dans la chambre à coucher, en présence d’un malaise généralisé, comme c'était depuis des années. Des dons pour la fondation internationale de la sécheresse vaginale sont les bienvenus.
Se forcer vient avec un possible effet boomerang. Ça revient s’estamper dans votre face assez vite et provoque une fermeture complète du portail vers le plaisir orgasmique. Se forcer amène une dissociation, un mal être corporel, voire une aversion sexuelle.
✅ Les femmes qui pratiquent régulièrement l'empathie sexuelle ont 2 à 3 fois plus de douleurs sexuelles suivies d'une chute de désir encore plus vertigineuse.
Ce n'est donc pas un geste acceptable pour vous, pour elle et pour tous ses futurs partenaires. Le désir, pourtant né spontanément, pourrait mourir à petit feu par des obligations répétées, des soupirs étouffés et des rapports endurés “pour la paix du couple”.
Tu me dois bien ça!
Certaines se donnent alors qu'elles ne le désirent pas. Elles font semblant alors que leur conjoint pense qu'elles prennent leur pied. D'autres se donnent sans désir parce qu'elles ressentent une pression de la part du partenaire et bien qu'il s'en doute, ça fait drôlement son affaire.
“C'est devenu plus simple d’imiter Natasha dans : Qui est ton Papi?, que de s’obstiner avec lui!” C'est quelque chose que j'ai souvent entendu… à quelques détails près.
🛑 Puis il y a celles qui se donnent sans désir parce que le partenaire l'exige. Parfois avec un ordre et d'autres fois, plus subtilement, en utilisant de la manipulation et de la violence psychologique :
“J'ai passé mon pm à magasiner avec toi pour du papier peint! Tu me dois bien une pipe…”
Ça s'appelle un viol conjugal. C’est la réalité d’une personne (homme ET femme) qui couche sans envie, sans liberté, par peur des conséquences : chantage affectif, silence, colère, distance, menaces de rupture ou d’infidélité.
☝️Quand le « non » n’est plus une option, le consentement n’existe plus.
Selon Statistiques Canada, 3,5 % des gens ont déclaré avoir subi de la violence sexuelle de la part d’un conjoint au cours des 5 dernières années.
Se forcer n’est pas un compromis amoureux.C’est une violence normalisée, souvent minimisée parce qu’elle se passe dans un lit et entre deux personnes qui s’aiment. Malheureusement, aimer n'est pas toujours synonyme de respect. Et non, ça ne fait pas partie de la vie de couple.
Des gants blancs
Bien qu'ils soient forts, poilus et courageux, se faire dire non active le sentiment de rejet chez l'homme. Pas un rejet sexuel seulement, mais un rejet identitaire : je ne suis pas désiré, je ne suis plus attirant, je ne compte plus.
♂️Pour beaucoup d’hommes, le désir sexuel est encore l’un des rares endroits où ils se sentent validés, choisis, reconnus.
Recevoir un non sexuel, pour lui, c’est parfois comme entendre : « Tu n’es plus assez important pour moi. » Même si ce n’est pas ce qui est dit. Voilà pourquoi il vaut mieux prendre des gants blancs et badigeonner son égo de préliminaires. Voici quelques conseils de base :
1️⃣ Refuser sans humilier
Il suffit de mettre l'accent sur la dissociation entre le désir et l’amour ou le statut de votre relation.
« Je t’aime, mais mon corps n’est pas disponible ce soir. Ce n’est pas un non à toi, c’est un non au sexe, pour l'instant seulement. »
Ces phrases n’obligent pas à dire oui plus tard mais permettent à monsieur de se projeter dans un avenir qui existe encore. Elles protègent le lien.
2️⃣ Nommer l’émotion
Ce qui minimise vraiment l’impact (et fait toute la différence) c'est de communiquer clairement en mettant des mots sur les sentiments :
« Je sais que tu te sens rejeté »
3️⃣ Dissocier le sexe du reste
Vous êtes indisponible sexuellement mais pas émotionnellement. Rester affectueuse autrement (contact, présence, regard) est essentiel et rassure.
❌ Il faut éviter :
● de disparaître après le “non”
● de transformer le refus en débat
● de cesser sous la pression
👉 La limite est claire.
Vent de changement
Tout comme la feinte de l'orgasme, l'empathie sexuelle existe dans une bonne action de départ. On veut soulager l'autre même si cela nous fait souffrir. Tout comportement répétitif et malsain cessera avec un renversement de situation :
☝️Il va falloir arrêter de “donner” pour enfin recommencer à ressentir!
Ça va prendre du temps, sans pression car le désir ne renaît jamais sous obligation.
✅ Instaurer un moratoire sexuel conscient peut être réparateur : pas de sexe pendant un certain temps.
Ce devra être compris et accepté par les deux partenaires. Ce n'est pas une punition. Ça va aider à réparer le lien, réduire la pression, laisser le désir revenir naturellement.
👉 Les couples qui retirent temporairement la pression sexuelle voient le désir revenir dans près de 70 % des cas.
Et non ça ne veut pas dire de faire un noeud dedans ou d'aller voir ailleurs! Rassurez-vous, le sperme ne va pas “cailler” et rien ne va exploser.
Les 5 sens
Voici la liste de conseils offerts aux couples, plus précisément aux femmes, qui naviguent sur les eaux tumultueuses de l'empathie sexuelle :
1️⃣ Revenir aux sensations :
Il faut refaire l'inventaire de ce qui provoque une réaction : l'effleurement, le froid, le chaud, la texture sur la peau. Se priver de voir pour mieux écouter : la littérature érotique saura faire monter le thermostat. Il faut être curieuse.
2️⃣ Multiplier le reste :
Le toucher non sexuel, la proximité sans attentes vont devenir votre meilleur ami. Soudainement si le sexe est hors champ, on veut jouer!
3️⃣ Répartir la charge mentale et émotionnelle :
Le désir ne survit pas dans l’épuisement. Il est parfois nécessaire de déléguer pour ressentir à nouveau.
✅ Une diminution de la charge mentale augmente la fréquence du désir féminin de 30 à 40 %
4️⃣ Apprendre à dire non sans culpabilité
Ça va devenir important d'apprendre à le faire de la bonne façon (parce que oui, le rejet fait mal), sans céder. Pliez et vous reculez.
5️⃣ Se faire accompagner
Le coût d'une thérapie de couple ne sera jamais plus lourd sur le coeur que la fin de votre relation.
Oui, c'est possible de revivre sexuellement.
🛑 Chose certaine, le retour du désir et le succès d'une thérapie ne dépend que de ces deux choses seulement : le degré d’implication dans le processus et la patience du partenaire.
Salsa Verde
L’empathie sexuelle n’est pas un échec moral. C’est d'abord et avant tout un signal d'alarme qui fonctionne sans batterie.
☝️Un couple sain ne demandera jamais un sacrifice corporel.
Josée et Pablo ont recommencé à danser. Ils se nourrissent d’une salsa bien piquante composée d’un clin d'oeil complice, d'une main baladeuse et d'une électricité sexuelle que même Hydro-Québec ne pourrait pas gérer. J'aimerais dire que c'est grâce à moi mais ce serait me donner trop d’importance.
Le crédit revient à Josée qui m'a fait confiance, même quand elle avait des doutes. Elle a chassé chaque frisson pour les analyser et les revivre à fond, un par un, comme des papillons.
Mais le crédit revient surtout à Pablo qui, sans “faire un noeud dedans” a mis ses culottes de grands. Il a compris que, même sans fourrure, être l'homme de la situation est une question de respect et que s'il est patient, le désir revient toujours.
Au final c'est Josée ET Pablo, entêtés, qui ont fait de cet amour, une grosse vague piquante de salsa verde gros morceaux. Moi, je l'ai juste mise dans un beau p'tit pot. 🫙
MLLE V – Conseillère en sexologie
www.mllev.com

